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Le terrain de foot, terre d’inégalités?

Par Richard Duhautois, chercheur du Cnam, spécialiste de l'économie du football professionnel

Publié le 1 juin 2018 Mis à jour le 8 juin 2018

À quelques semaines de l'ouverture de la Coupe du monde de football 2018 en Russie, lumière sur la réalité des rémunérations dans le monde du ballon rond, loin des clichés des joueurs vedettes très agréablement payés.

© Shutterstock - Yiorgos GR

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À partir du 14 juin, la Coupe du monde de football 2018 rassemblera en Russie plusieurs centaines de footballeurs professionnels de haut vol. Or, si on met souvent en avant les émoluments mirobolants de certains joueurs, seule une toute petite partie des footballeurs – la plus visible dans les médias – est privilégiée, reçoit des salaires très élevés et a une longue carrière. Car, le maître mot du marché du travail des footballeurs est « inégalités ».

Les moins connus – voire inconnus, soit la grande majorité des footballeurs – ont de faibles salaires et une carrière très courte. En effet, une fois cette dernière entamée, le risque qu’elle s’arrête brutalement – pour cause de blessure ou tout simplement parce que le joueur ne trouve pas de club tant la concurrence est rude – est relativement fort. La durée moyenne d’une carrière en première division en Europe est d’environ cinq ans avec de grandes disparités entre les stars et les autres. Les salaires moyens sont plus hétérogènes dans les championnats européens car ils dépendent en grande partie des droits télévisés.

L’hétérogénéité est encore plus grande si on élargit l’analyse au monde. Intéressons-nous à quelques pays qualifiés à la Coupe du monde 2018 et à une statistique publiée fin 2016 par la Fédération internationale des joueurs professionnels (Fifpro) : la plupart des joueurs rémunérés touche moins de 1000$ par mois. Dans le monde, 45% des footballeurs professionnels sont dans ce cas, avec un record pour le Ghana (plus de 99%). Ils sont environ 2% pour les grands championnats européens.

Évidemment, il faut replacer les salaires dans le contexte de chaque pays ; au Ghana, le salaire moyen est de 150$. Parmi les équipes qualifiées en Europe (et dont l’information est disponible), la Serbie détient le record avec les deux-tiers des joueurs professionnels payés moins de 1000$ par mois (le salaire moyen en Serbie est légèrement supérieur à 400 $). L’Islande, le chouchou des supporters de l’Euro 2016, n’est pas en reste puisque 42% des footballeurs sont payés moins de 1000$, alors même que le pays bénéficie d’un PIB/habitant parmi les plus élevés du monde et d’un salaire moyen de 3500$ mensuel… Le plus surprenant est qu’au pays du football et de la samba, 83% des footballeurs professionnels sont payés moins de 1000$ par mois (c’est environ le salaire moyen). Mais au Brésil, les bons footballeurs sont si peu rares qu’ils en deviennent peu chers !

Par Richard Duhautois,
chercheur au Laboratoire interdisciplinaire de recherche en sciences de l'action (Lirsa),
et au Centre d’études de l’emploi et du travail (CEET)


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